Genéthique

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L’ANSES et le HCB retoquent l’étude de M. Séralini

La polémique fait toujours rage autour de la dernière étude de M. Séralini, qui démontrerait la toxicité de l’OGM NK603.

L’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire (ANSES) a retoqué le 19 octobre 2012 l’étude de M. Séralini. Je vous livre quelques morceaux choisis de la publication (que vous pouvez télécharger ici, la critique de l’étude commençant véritablement p. 17).

« Cette étude est à souligner du fait de son originalité ; en effet très peu de publications relatent des travaux portant à la fois sur les effets à long terme des OGM et l’herbicide pour lesquels ils sont tolérants. »

« Les principales critiques formulées jusque là par diverses instances concernent notamment le manque d’informations accessibles dans la publication concernant la composition des aliments et le type de régimes testés, le choix des doses, la souche de rats utilisée, le nombre de rats par lot et le traitement statistique des données. »

« Il convient de noter que le nombre de rats par lot est un facteur déterminant dès lors que l’on veut prouver l’innocuité d’un produit (études réglementaires) car il conditionne la puissance des tests et donc la probabilité de détecter un effet. Le faible nombre d’animaux par lot constitue un risque pour l’auteur de ne pas être à même de trouver de différences statistiquement significatives entre les lots et d’avoir ainsi conduit une étude ne permettant pas de conclure, compte tenu de la durée de l’étude, 2 ans au lieu de 90 jours et de la sensibilité de cette souche de rats.
Les données de la littérature sur les rats Sprague Dawley montrent dans des lots témoins des mortalités élevées et de fortes incidences de tumeurs mammaires qui correspondent aux principales anomalies observées par Séralini et al. (2012). Cette caractéristique phénotypique aurait dû être prise en compte dans le calcul du nombre d’animaux nécessaires. »

« Les auteurs constatent simplement que les lots traités sont globalement plus affectés que le lot contrôle sans jamais tester l’hypothèse que ces résultats puissent être dus au hasard. Les auteurs interrogés sur ce point indiquent avoir simplement voulu rendre compte de leurs résultats qui leur apparaissaient troublants non pas sous forme d’une analyse statistique mais sous forme d’un descriptif comme pratiqué en clinique humaine. »

« Les résultats significatifs obtenus avant correction ne présentent pas dans leur globalité de cohérence biologique. Il serait toutefois nécessaire de disposer des données biologiques sur les résultats pour se prononcer définitivement. A ce stade, compte tenu des informations fournies dans la publication, les experts du GECU considèrent que les interprétations des auteurs ne sont pas suffisamment étayées par les données présentées. Les auteurs de la publication au cours de l’audition ont d’ailleurs admis que cette étude n’était pas conclusive à elle seule et que cette étude, certes perfectible, avait le mérite d’initier une voie intéressante de recherche »

« Par conséquent, les experts concluent que les résultats de l’étude tels que publiés aujourd’hui ne sont pas de nature à remettre en cause les conclusions des évaluations précédentes sur le maïs NK603 et sur l’herbicide ROUNDUP. Cette étude ne peut être considérée comme conclusive quant au risque sanitaire que pourraient présenter les aliments issus de plantes GM comportant l’événement NK603 et le ROUNDUP. En revanche, les experts du GECU soulignent l’absence de travaux étudiant les effets potentiels à long terme de l’exposition à différentes formulations de préparations à base de glyphosate et le nombre limité de ceux portant sur les effets à long terme d’une consommation d’OGM. »

« Ce débat s’inscrit dans un paysage scientifique constitué de publications d’origines diverses. On recense d’un côté des études réglementaires financées par les industriels et de l’autre des travaux de recherche publique, aux moyens plus limités, cherchant à investiguer des effets sanitaires potentiels peu documentés à ce jour. Cette situation n’est pas spécifique aux OGM mais ce domaine est l’un de ceux où elle est fortement marquée et où l’attente sociétale en matière de recherche indépendante est particulièrement aiguë. »

« S’agissant des besoins d’études et de recherches pointés par le groupe d’expertise d’urgence, l’Agence recommande d’engager des recherches visant à décrire les effets potentiels sur la santé associés à la consommation sur le long terme d’OGM ou à l’exposition aux formulations phytopharmaceutiques. Ces recherches devront se focaliser notamment sur la question de l’exposition aux OGM et aux résidus de produits phytopharmaceutiques associés. Ces études devraient être menées dans le cadre de financements publics et sur la base de protocoles d’investigation précis permettant de répondre aux questions posées (effets recherchés, paramètres suivis, méthodologie d’investigation, nombre et nature des animaux suivis, complexité de l’OGM, nature des expositions, …). L’Anses est prête en association avec d’autres partenaires et notamment d’autres agences sanitaires  européennes à travailler à l’établissement des principes généraux de tels protocoles d’étude ; »

Notons que le Haut Conseil de Biotechnologie a également donné son avis, plus cruel : le protocole expérimental y est jugé « inadapté aux objectifs », et la méthode statistique employée  « inadéquate »,  la présentation des résultats est « parcellaire et imprécise », tandis que le raisonnement montre des « lacunes rédhibitoires », et débouche sur « des interprétations spéculatives de leurs résultats ». C’est pourquoi le HCB recommande lui aussi que soit menée une étude « indépendante » sur le long terme, allusion claire au militantisme anti-OGM affiché du Pr Séralini et des membres de son équipe.

Certains mettent en doute l’avis de ces deux instances, pensant qu’elles cherchent à étouffer l’affaire, ce à quoi M. Foucart, journaliste au Monde répond  dans cet article que « Les agences de sécurité sanitaire sont des organisations complexes qui ne peuvent pas être simplement décrites comme « intègres » ou « corrompues ». Au sein de chaque agence, il existe des sensibilités différentes, des panels d’experts différents, qui rendent impossible tout jugement univoque. »

Comme le conclut Slate.fr, « l’expérience de Gilles-Eric Séralini est nulle mais pleine d’avenir ». Elle aura finalement eu l’effet recherché : faire suffisamment parler d’elle pour déclencher une réaction des autorités sanitaires. Reste à savoir quand seront réalisées de nouvelles études plus fiables, par qui, et avec quels moyens.

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Un commentaire sur “L’ANSES et le HCB retoquent l’étude de M. Séralini

  1. Elzen
    11/01/2013

    (Ouaip, je change de pseudo ici aussi ^^)

    J’suis en train de lire « Au cœur de l’extra-ordinaire », par Henri Broch, et certains passages m’ont pas mal fait penser à ça.
    Les méthodologies douteuses et la tendance à s’adresser à la presse avant que d’autres scientifiques aient pu faire une étude critique des travaux ne sont malheureusement pas une invention récente…

    En tout cas, merci de nous tenir informés ^^

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Cette entrée a été publiée le 11/01/2013 par dans Actualités, OGM.