Genéthique

Blog d'information sur l'amélioration des plantes et les biotechnologies

La filière de l’amélioration des plantes

L’amélioration des plantes, c’est l’ensemble des sciences et techniques qui permettent d’améliorer les performances d’une variété. Avant, les Hommes vivaient de cueillette et de chasse. Mais avec l’avènement de l’agriculture, ils ont commencé à collecter des plantes sauvages et à les cultiver. D’année en année, ils reprenaient les plus belles plantes pour semer le champ l’année suivante, sélectionnant ainsi les plantes qui leur convenaient le plus, sur des critères de taille, de goût, de facilité de récolte… Ce processus de sélection multi-millénaires est très lent, mais il a des effets remarquables, comme l’illustre cette photo comparant un épi de téosinte, qui serait l’ancêtre du maïs, avec un maïs actuel. L’amélioration des plantes existe donc depuis la nuit des temps.

399px-Teosinte

Évolution de l’épi de la téosinte au maïs

Par contre, avec la compréhension des mécanismes de l’hérédité (qui a commencée avec Mendel à la fin du 19ème siècle), cette science a été amenée à un tout autre niveau : on est désormais capable de choisir très précisément les caractères que l’on veut introduire dans une plante. De nombreuses méthodes existent pour cela, basées sur des croisements entre deux plantes qui présentent des caractères complémentaires (cf mon article sur les différents types de variétés). Notons que des croisements se faisaient déjà par le passé, mais moins bien compris et donc moins bien dirigés.

Les caractères qui sont introduits dans les variétés concernent de nombreux critères, comme les résistances aux maladies, afin de limiter les pertes pour l’agriculteur (et de réduire l’application de pesticides), les qualités gustatives (la pomme Pink Lady en est un bel exemple) ou nutritionnelles, le rendement (moins central désormais mais toujours dans l’esprit du sélectionneur), la facilité de transformation, la tolérance à la sécheresse, à la salinité des sols, etc.

Notez que ce qui existe chez les plantes, on peut aussi le faire avec des animaux : les programmes de sélection de vaches laitières sont très perfectionnés et parfois en avance sur la sélection végétale.

L’amélioration des plantes est une activité très coûteuse en terme de recherche, puisqu’il faut beaucoup de temps entre le moment où l’on dit « je veux faire un orge résistant à la maladie de la rouille », et le moment où l’on a cette variété prête à être commercialisée (entre 8 ans et l’éternité, vu qu’on ne trouve pas forcément les gènes que l’on voudrait !). Mais c’est également très rentable, puisque les semences ont une forte valeur ajoutée et qu’elles sont nécessaires pour les travail des agriculteurs. D’ailleurs, certains lobbys ne se sont pas gênés pour en profiter ! C’est pourquoi il existe de nombreuses entreprises d’amélioration des plantes dans le monde, de tailles très diverses. On différencie plusieurs types de structures, parfois fusionnées en un seul organisme, parfois non :

Les chercheurs sont chargés de développer de nouvelles méthodes d’amélioration des plantes, de trouver de nouveaux gènes, de mieux comprendre leur interaction et tant de choses encore !

Les gestionnaires de ressources génétiques sont eux chargés de conserver la variabilité génétique existante, d’en faire des collections soigneusement décrites. Ainsi, si l’on décide de créer un poivron bleu et résistant aux nématodes, on pourra repartir d’une plante qui possède le gène de couleur, et d’une qui possède le gène de résistance, pour sélectionner la variété que l’on veut.

Les obtenteurs, ou sélectionneurs sont ceux qui créent la variété à partir de plantes possédant des gènes d’intérêt. C’est le travail de sélection, à la base du reste de la filière, permettant de concevoir des variétés innovantes.

Les laboratoires sont être d’une aide précieuse pour les obtenteurs, grâce à leur maîtrise des méthodes de génétique moléculaire et de biotechnologies. Ils peuvent identifier rapidement si la plante possède ou non le gène recherché (sans avoir à attendre qu’elle pousse), de la multiplier in vitro, de forcer certains croisements difficiles, etc.

Une fois qu’une variété a été mise au point, les producteurs de semences se chargent de la faire multiplier à grande échelle à travers leur réseau d’agriculteurs-multiplicateurs, puis traitent les semences (tri, enrobage, pelliculage, ensachage…).

Les agriculteurs-multiplicateurs passent de contrats avec les producteurs de semences, et sont chargé de la multiplier : on leur fourni un kilogramme de semence de maïs (dites « semence de base » ou « pré-commerciale », et il doivent en produire une tonne pour l’année d’après (on parle alors de semence commerciale). C’est un métier assez bien rémunéré mais avec beaucoup de contraintes, car les semences doivent être dans un très bon état sanitaire : il est hors de question qu’elles véhiculent des maladies, qu’elles soient trop faibles pour germer, ou encore qu’elles soient contaminées par une autre variété (c’est-à-dire qu’on aurait un mélange de variétés dans le sachet).

Les distributeurs se chargent  enfin de commercialiser les semences multipliées par les producteurs de semences.

La diversité de ces métiers est parfois regroupée au sein d’un groupe semencier, mais c’est loin d’être toujours le cas. Au delà de quelques gros groupes très développés dans le monde (Monsanto, DuPont, Syngenta, Limagrain, Bayer, Dow…), il existe de nombreuses entreprises de plus petite taille, voir de très petite taille (plusieurs obtenteurs travaillent seuls) : on dénombre en France plus de 70 entreprises de sélection (source : GNIS).

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3 commentaires sur “La filière de l’amélioration des plantes

  1. ArkSeth
    30/11/2012

    Ça fait du monde, tout ça ^^

    Et toi, tu bosses à quel niveau, au juste ?

  2. k4ede
    30/11/2012

    Et bien, pour l’instant, je cherche ! Mais je suis particulièrement attirée par la sélection, que ce soit au sein d’une entreprise, ou auprès d’agriculteurs via la sélection participative (oui, je dois écrire un article là dessus aussi).

  3. ArkSeth
    02/12/2012

    Ouaip, ça doit être intéressant 🙂

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Cette entrée a été publiée le 30/11/2012 par dans Explications, Semences.