Genéthique

Blog d'information sur l'amélioration des plantes et les biotechnologies

Pourquoi les californiens ont refusé l’étiquetage des OGM

Au cours de l’élection présidentielle américaine de cette année, les citoyens de Californie ont dû se prononcer pour ou contre l’étiquetage des OGM à travers un référendum. Cette loi, baptisée «  California Proposition 37, Mandatory Labeling of Genetically Engineered Food », proposait :

  • d’imposer l’étiquetage sur les produits bruts ou transformés à base de plantes ou d’animaux génétiquement modifiés.
  • d’interdire les mentions du type « naturel » de ce genre d’aliment.
  • sont exemptés de cette loi : les aliments certifiés biologiques ; produits contenant non-intentionnellement des OGM ; fait avec des animaux nourris aux OGM mais non-OGM eux-mêmes ; contenant une faible proportion d’OGM ; administrés comme un traitement contre une maladie ; vendus pour la consommation immédiate comme dans un restaurant ; les boissons alcoolisées.

Au début massivement pour (61 % selon Ballotpedia), l’opinion a évolué au fil des mois pour finalement arriver à 53 ,1 % de « non ». Que s’est-il passé entre temps, pour qu’une loi, certes perfectible, mais proposant une plus grande transparence pour les consommateurs, soit refusée ?

Tout d’abord, il faut savoir qu’aux États-Unis, on estime à 70 % le pourcentage de la nourriture contenant au moins des traces d’OGM (contre 5 % en Europe). Or, au vu de leur impopularité auprès des consommateurs, la consommations des produits à base d’OGM entraînerait une chute de leur vente, obligeant peut-être même les commerçants à les retirer de leurs enseignes. De plus, la Californie pourrait alors devenir un modèle qui inspirerait les autres États, voire conduirait à une législation nationale. On imagine donc bien le problème que cela a posé aux obtenteurs, producteurs, transformateurs et distributeurs de ces OGM.

Ceux-ci se sont alors regroupés au sein du mouvement CACFLP (coalition contre la proposition ruineuse de l’étiquetage de la nourriture), et ont mis en place une campagne de publicité nommée « No Prop 37 », pour la modique somme de 45 millions de dollars. Au sein de cette organisation, on retrouve bien sûr les grand groupes semenciers (Monsanto, DuPont, Bayer, Dow, BASF, Syngenta…), des chaines de supermarché (Grocery Manufacturers Association…) mais aussi des géants de l’agro-alimentaire (Kraft Food, Pepsi, Nestle , Coca-Cola, Unilever, Kellogs, Mars…). La liste complète du CACFLP se trouve ici.

Cette campagne se base sur cinq arguments principaux (traduits et résumés à partir du site de No on Prop 37 ; j’ai essayé, du mieux que me l’autorisent mes capacités en anglais, de ne pas dénaturer les arguments à la lumière de mes propres opinions) :

  • l’innocuité des OGM : utilisés depuis plus de 20 ans dans l’alimentation quotidienne des Américains, les OGM sont sans danger. De plus, ils permettent d’utiliser moins de pesticides et sont donc plus écologiques.
  • La loi Prop 37 est pleine d‘incohérences : par exemple, elle exige d’étiqueter le lait de soja mais pas le lait de vache, tout comme les produits laitiers, les œufs et la viande. Les jus de fruits doivent être étiquetés mais pas l’alcool fait avec les mêmes ingrédients. La nourriture importée ne fera pas l’objet de vérification et il suffira aux compagnies étrangères d’assurer que leur produits sont sans OGM.
  • La loi va coûter cher aux contribuables : une armée de bureaucrates sera nécessaire à l’étiquetage et au contrôle de milliers de produits dans des dizaines de milliers d’épiceries. Aucun budget n’a été établi, et ce sera aux contribuables de payer la facture.
  • La loi a été écrite pour le bénéfice des avocats : son sponsor principal est un avocat qui gagne sa vie en faisant des procès aux compagnies. Cette loi créera donc des avocats « chasseurs de têtes » qui poursuivront sans relâche les agriculteurs, les commerçants et les industries agro-alimentaires absolument innocents.
  • Prop 37 va induire une augmentation des coûts de la nourriture : les agriculteurs et les compagnies agro-alimentaires vont devoir revoir leur étiquetage, emballage, distribution, etc, afin d’être en concordance avec la législation. Cela coûtera des milliards des dollars, en plus des frais plus élevés entraînés par l’utilisation de produits plus chers, sans OGM. Cela coûtera plusieurs centaines de dollars par an pour une famille moyenne, ce qui sera particulièrement néfaste pour les personnes âgées et les familles pauvres.

Ces arguments ont étés assénés aux Californiens à travers des spots télé et radio, comme celui-ci.

Bien sûr, les personnes pro-Prop 37 ont rétorquées que des doutes persistent sur l’innocuité des OGM (voir la récente affaire Séralini), et que les citoyens ont le droit de savoir ce qu’ils mangent. Cependant, sans preuve certaine du danger de la consommation des OGM sur la santé humaine, leurs arguments se sont avérés vains face à la stratégie du CACFLP, puisque ce 6 novembre 2012, la loi a été rejetée. Les partisans de l’étiquetage ne se laissent pas pour autant décourager, considérant que ce référendum a éveillé l’attention des américains sur la problématique des OGM, faisant ainsi de cette loi la première bataille dans la guerre contre les OGM.

Toutefois, cela laisse songeur sur la puissance des lobbys sur les opinions publiques…

Publicités

3 commentaires sur “Pourquoi les californiens ont refusé l’étiquetage des OGM

  1. ArkSeth
    12/11/2012

    Deux petites coquilles : deuxième argument contre, tu as marqué « mais mais » au lieu de « mais pas », je crois 😉 Et un peu plus haut, dans les chaînes de supermarché, « Grocery Manufacturers Association » est en double aussi.

    Je suis tellement l’actualité, en ce moment, que je n’avais entendu parler ni du rejet de cette loi, ni même de sa proposition.
    Effectivement, le contenu aurait été perfectible (l’argument de l’incohérence me semble pertinent), mais ça ne justifie pas son rejet, à mon sens.
    Les autres arguments font davantage intox politique habituelle, je trouve.

  2. k4ede
    12/11/2012

    Merci pour les corrections, c’est édité !

    Je suis d’accord, la loi présente plusieurs incohérences, mais c’était déjà un bon début, qui aurait pu être amélioré plus tard. Ce que je trouve remarquable, c’est de voir comment une (grosse) poignée d’entreprises et beaucoup d’argent peuvent influencer l’opinion publique en quelques semaines. Il faut vraiment rester vigilant face à la désinformation, et bien se renseigner avant de se prononcer sur un sujet aussi important que celui-là.

  3. Danièle
    17/11/2012

    Oui , c’est cela qui m’impressionne le plus : l’argent au service de la désinformation ! Je plains les américains…..

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Information

Cette entrée a été publiée le 11/11/2012 par dans Actualités, Législation, OGM.